CE JOUR DANS L’HISTOIRE : 24 juin 1948, le début du blocus de Berlin, première crise majeure de la Guerre froide
Un Rosinenbomber se dirigeant vers l’aéroport Berlin-Tempelhof, Photographie de Henry Ries (1948)

CE JOUR DANS L’HISTOIRE : 24 juin 1948, le début du blocus de Berlin, première crise majeure de la Guerre froide

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Contexte historique et géopolitique

Les Soviétiques sont les premiers à pénétrer dans Berlin, le 16 avril 1945. Une semaine après la reddition des derniers soldats allemands le 2 mai, achevant la Bataille de Berlin, l’Allemagne nazie capitule. La défaite du IIIème Reich est cependant actée depuis plusieurs mois déjà : la Conférence de Yalta qui s’était tenue en Crimée du 4 au 11 février 1945 en présence de Staline (URSS), Churchill (Royaume-Uni) et Roosevelt (États-Unis) avait scellé le sort de l’Allemagne, et de Berlin. Il y avait été décidé qu’afin anéantir à tout jamais le nazisme et le militarisme allemand, le pays serait démembré en quatre zones d’occupation, la France ayant été invitée à participer au projet. Les Soviétiques étant en position de force, ces derniers se taillent la part du lion et récoltent de la plus grande zone.

Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline à la Conférence de Yalta, le 9 février 1945
Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline à la Conférence de Yalta, le 9 février 1945

Rapidement, des tensions émergent entre les puissances occidentales, portées par les États-Unis, et l’Union soviétique, si bien que le 5 mars 1946, le premier ministre britannique Winston Churchill s’exclame : « De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent. » En 1947, le journaliste et écrivain états-unien Walter Lippmann emploie pour la première fois le terme « guerre froide » pour décrire la situation en Europe.

Escalade des tensions et début du blocus

La situation se détériore lorsque les Alliés de l’Ouest annoncent la création d’une monnaie commune à leurs zones d’occupation, le Deutsch Mark, le 18 juin 1948, pour juguler l’inflation et relancer l’économie. Cette décision, prise sans consultation préalable des voisins de l’Est, amène les Soviétiques à répliquer en introduisant à leur tour une monnaie dans leur zone. Cependant, cette rétorsion s’accompagne de mesures plus drastiques : le 23 juin, l’électricité et le charbon sont bloqués dans le secteur occidental de Berlin ; le 24 juin, toute circulation par route, chemin de fer et canal entre la partie ouest de la ville et l’Allemagne occidentale est bloquée.

Très vite, les occupants alliés de l’Ouest réagissent : il ne faut surtout pas abandonner Berlin. Les Soviétiques n’étant pas allés jusqu’à bloquer les communications aériennes, les Américains désormais dirigés par Harry Truman, et sous le commandement du général Clay, créent des couloirs aériens pour ravitailler la ville. Dès le 28 juin, 150 avions atterrissent à Tempelhof avec 400 tonnes de vivres.

Un Rosinenbomber se dirigeant vers l’aéroport Berlin-Tempelhof, Photographie de Henry Ries (1948)
Un Rosinenbomber se dirigeant vers l’aéroport Berlin-Tempelhof, Photographie de Henry Ries (1948) 

Pour assurer un ravitaillement constant, un nouvel aéroport est construit à partir d’août 1948 en secteur français afin de compléter les aéroports de Tempelhof en secteur états-unien et Gatow en secteur britannique : Tegel, le principal aéroport berlinois aujourd’hui. Alors que l’hiver approche, les avions transportent même une centrale électrique en pièces détachées et le charbon pour l’alimenter au cours de l’automne 1948. Le pont aérien s’intensifie grâce à la participation de pilotes australiens, canadiens, sud-africains, néo-zélandais…

La partition de l’Allemagne en 4 zones d’occupation et les couloirs aériens délivrant les vivres à la partie Ouest de Berlin
La partition de l’Allemagne en 4 zones d’occupation et les couloirs aériens délivrant les vivres à la partie Ouest de Berlin

Fin du blocus et répercussions

Face à leur échec, les Soviétiques finissent par lever le blocus le 12 mai 1949. Au cours de ces onze mois, la partie occidentale de Berlin aura reçu 2 millions et demi de tonnes de marchandises au cours de 275 000 vols. L’ensemble de l’opération de ravitaillement aura coûté 350 millions de dollars américains, 17 millions de livres britanniques et 150 millions de Deutsch Mark aux Allemands. Elle aura aussi coûté la vie de 70 aviateurs. En cause : les interférences radios des Russes, les projecteurs aveuglants, les tirs… visant à empêcher les « Rosinenbombers » de pénétrer l’espace aérien berlinois.

Si le pont aérien permît d’empêcher Berlin-Ouest de tomber définitivement dans le camp soviétique, il n’aura pas réussi à empêcher, quelques mois plus tard, la division du pays en deux Allemagnes –la RFA et la RDA, et la division de la ville elle-même.

 

Sources :

https://www.herodote.net/24_juin_1948-evenement-19480624.php

https://www.histoirealacarte.com/Histoire-de-la-guerre-froide/blocus-de-Berlin-1948-1949

https://www.planet-wissen.de/geschichte/deutsche_geschichte/kalter_krieg/index.html

https://www.tagesspiegel.de/gesellschaft/geschichte/geschichte-berlins-die-andere-seite-der-blockade/1261340.html

 

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Louise Le Gatt

Louise Le Gatt est la rédactrice en chef du blog de l’Antenne International Security and Defense pour l’année 2018-2019. Étudiante en Master Droit international à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et diplômée de licences de droit et d’économie, elle est passionnée par les relations internationales, d’histoire et d’économie. C’est donc tout naturellement qu’elle fait partie de l’équipe de Sorbonne ONU dédiée aux problématiques des conflits armés et des processus de paix, afin d’apporter son regard à la fois économique et juridique, toujours pragmatique, sur ces thèmes complexes.

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