Quels défis pour l’armée de l’Air et de l’Espace ?

Quels défis pour l’armée de l’Air et de l’Espace ?

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Menée le 15 décembre, l’opération Minotaure a servi de démonstration de la capacité de projection de puissance des Forces aériennes stratégiques, opération représentative des conflits de haute intensité auxquels l’armée de l’Air et de l’Espace devra faire face. 

Partis des bases aériennes 118 (Mont-de-Marsan) et 113 (Saint-Dizier), cinq Rafale ont comme objectif de rallier Djibouti, situé à 8 000 kilomètres de distance. La projection sur une telle distance est permise par un ravitaillement effectué, entre autres, par des A330 MRTT Phénix (31e escadre aérienne de ravitaillement et de transport stratégique, base aérienne 125 d’Istres). La projection s’est terminée par la simulation de pénétration d’un espace aérien contesté, simulation représentée par plusieurs Mirage 2000 de la base 188 de Djibouti. 

L’opération Minotaure s’est déroulée quelques jours après l’opération Poker, qui avait pour but de reproduire un raid aérien au-dessus du territoire national. Ces deux missions visent à endurcir l’armée de l’Air et de l’Espace face aux défis futurs. L’occasion de revenir sur ce qu’est l’armée de l’Air, son histoire et ses missions. 

Le 15 décembre 2020, ravitaillement en vol C135 dans le cadre de l’exercice Minotaure (Armée de l’Air et de l’Espace)

Bref historique de l’armée de l’Air (et de l’Espace) 

C’est au début des années 1900 qu’a lieu le premier vol propulsé : les frères Wright effectuent à tour de rôle quatre vols de quelques dizaines de mètres. Les années 1910-1920 font montre d’un développement de ce qui deviendra l’armée de l’Air : création de l’Inspection Permanente de l’Aéronautique (1910), organisation de l’aéronautique militaire et création des cinq premières escadrilles (1912). 

Lors de la Première Guerre mondiale, la France compte 138 avions. Ces monoplaces légers et agiles servaient majoritairement à des missions de reconnaissance, ce que ne pouvait plus assurer la cavalerie, contrainte par le lourd feu ennemi. En plus des missions de reconnaissance photographiques, les avions communiquent à la fois avec l’artillerie, pour guider les tirs, et l’infanterie. C’est également au cours de la Première Guerre mondiale que les As apparaissent, appellation obtenue après cinq victoires en combat aérien homologuées. Les As les plus connus sont René Fonck, l’As des As (75 victoires homologuées), Georges Guynemer (53 VH) ou encore Charles Nungesser (45 VH). 

Il faut cependant avoir à l’esprit que l’aviation militaire française “prend son envol” au sein de l’armée de Terre aux côtés des quatre armes traditionnelles : l’infanterie, la cavalerie, le génie et l’artillerie, et reste sous sa coupe malgré la loi du 8 décembre 1922 qui l’érige en “arme spéciale”. Ce n’est qu’en 1934 que l’aéronautique militaire devient une armée à part entière, totalement indépendante, avec son identité propre : uniforme Bleu Louise, port de la casquette, poignard, qui symbolise le commandement pour la première promotion de l’École de l’air (1935). 

Même si les bombardiers sont déjà employés durant la Première Guerre mondiale, ils prennent de l’ampleur à l’occasion de la Deuxième Guerre mondiale. Lors du débarquement, l’aviation a deux missions principales : assurer la couverture aérienne des troupes débarquées en ayant la maîtrise du ciel et empêcher tous les mouvements de troupes ennemies vers la tête de pont. Suite à la Deuxième Guerre mondiale, l’armée de l’Air s’engage dans la guerre d’Indochine ainsi que dans la guerre d’Algérie, période qui mobilise une grande partie des moyens aériens français. C’est une période de développement de l’hélicoptère armé et la création des Commandos Parachutistes de l’Air, mais également de modernisation avec le développement des avions Mirage et Mystère. 

L’armée de l’Air est intervenue sur tous les théâtres d’opération depuis 2010 et a contribué à des missions aussi diverses que l’acheminement de forces armées, la projection de force et de puissance, l’appui les forces au sol, l’organisation des frappes et des missions de reconnaissance. 

En juillet 2019, le président de la République annonce vouloir renommer l’armée en “armée de l’Air et de l’Espace” et créer en son sein un Commandement de l’espace, commandé par le général d’armée aérienne Michel Friedling. Ce commandement, à vocation interarmées, a pour objectif de développer une autonomie stratégique spatiale pour la France et fait suite à une tentative d’espionnage russe, du satellite Loutch-Olymp envers le satellite franco-italien Athena-Fidus. Le Commandement de l’Espace entend répondre à la nouvelle doctrine spatiale et militaire proposée par la ministre des Armées.

Quels défis pour l’armée de l’Air et de l’Espace ? 

Aujourd’hui, l’armée de l’Air et de l’Espace compte 40 800 aviateurs et aviatrices (contre environ 115 000 dans l’armée de Terre et 45 500 dans la Marine). Ces aviateurs ont pour objectif de mettre en œuvre le Plan de vol du chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, présenté le 29 novembre 2018. Ce plan stratégique s’articule autour de quatre notions : une armée puissante, une armée audacieuse, une armée agile, une armée connectée. En bref, une armée prête face aux menaces et au retour des conflits de haute intensité. 

« Je veux une armée de l’Air agile, moteur en Europe, qui gagne et conserve sa supériorité en opérations » ainsi qu’une « armée de l’Air soudée et enthousiaste, qui s’appuie sur des aviateurs experts de la troisième dimension, c’est-à-dire du domaine aérospatial »

Général d’armée aérienne Philippe Lavigne, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace

Quelles sont les missions principales de l’armée de l’Air et de l’Espace ? 

Dissuader : l’armée de l’Air et de l’Espace met en œuvre de manière constante la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire afin de défendre les intérêts vitaux de la Nation, en ayant recours à 50 Rafale B des Forces aériennes stratégiques (et 42 Rafale M de la Force aéronavale nucléaire). 2 060 aviateurs sont dédiés à cette mission, qui a représenté au cours de l’année 2019, 70 exercices. 

Protéger : 3 500 aviateurs participent chaque jour à la protection de la France et de sa population. Cette protection s’effectue par quatre fonctions. Tout d’abord, la posture permanente de sûreté aérienne. Au cours de l’année 2019, ce sont 636 sorties chasse dont 99 sur alerte. Cette posture repose sur l’emploi de 70 radars civils et militaires. Protéger, c’est aussi la surveillance spatiale : ce sont 64 risques de collision traités par le CNES et 5 000 dossiers d’analyse effectués en appui des opérations. La troisième fonction est celle de la protection de la population et des sites sensibles, protection réalisée lors de l’opération Sentinelle. Enfin, le renforcement des missions de service public : cela recouvre des opérations aussi diverses que Héphaïstos, mission de prévention et de lutte contre les feux de forêt ; Harpie, mission de lutte contre l’orpaillage clandestin en Guyane ; des opérations de recherche et de sauvetage ; des opérations médicales de transport de greffons par voie aérienne. 

Intervenir : l’armée de l’Air et de l’Espace apporte la réactivité et une capacité de projection rapide afin de répondre aux différentes crises. Cette mission d’intervention suppose également de combattre dans la durée. L’opération Chammal représente 839 missions aériennes et 65 objectifs neutralisés ; l’opération Barkhane représente 4 130 missions aériennes et 41 923 militaires transportés. Dernièrement, la France est intervenue en affichant son soutien à la Grèce, en déployant des navires de guerre et des avions de combat dans la zone revendiquée par la Turquie.

Bibliographie

> Lacoste Y., “Aviation et géopolitique : les projections de puissance”, Hérodote, 2004/3. 

> Ministère des Armées, “Opération Minotaure : un raid pour agir loin, vite et fort”, 18 décembre 2020. 

> Ministère des Armées, “La Loi de programmation militaire de A à Z”, 8 février 2018. 

> Aviateurs, “L’armée de l’air et l’espace : une armée novatrice”, devenir-aviateur.fr

> Armée de l’Air et de l’Espace, “L’armée de l’air en chiffres 2019-2020”, url : https://www.defense.gouv.fr/air/presentation/chiffres-cles/chiffres-cles-de-l-armee-de-l-air

Louise Cuillé-Montaldier

Étudiante en première année de Master de Géopolitique (Panthéon-Sorbonne).

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