Les opérations spéciales depuis la mer – Déployer des plongeurs de combat

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Le 1er Novembre 1918, à 6h20 du matin, une explosion secoue le Dreadnought austro-hongrois  SMS Viribus-Unitis, qui se retourne puis sombre après évacuation des survivants. Une deuxième explosion coule un transport à proximité du Dreadnought.

Un sous-marin adverse ? Un navire de ligne ? Un escadron de torpilleurs ?

Non, le navire est à quai dans la rade de Pula (Croatie), sans un seul navire ennemi à l’horizon, et des filets anti torpilles protègent l’entrée du port, également gardé par des patrouilleurs.

Deux heures plus tôt, deux plongeurs italiens s’étaient faufilés, en pleine nuit, en utilisant un étrange engin, la Mignatta : une torpille modifiée pour embarquer deux hommes en combinaison, invention du Major Raffaele Rossetti.  Les deux plongeurs de combat ont utilisé des mines magnétiques pour couler le navire dans la rade même.

La Mignatta est l’ancêtre des SDV actuels, les Swimmer Delivery Vehicle, une famille emblématique de véhicules sous-marins destinés aux opérations spéciales. Surtout, la destruction du Viribus Unitisest est un des premiers exemples réussis d’une opération spéciale conduite depuis la mer.

La « Mignatta » (sangsue) de R.Rossetti (Covert Shores, H I Sutton)

Depuis cet évènement, les plongeurs comme leurs vecteurs de déploiement ont évidemment évolué, SDV compris. Cet article sera l’occasion d’un rapide tour du monde de ces types de forces et de leur emploi.

Il s’agit de distinguer les nageurs de combat des autres nageurs des armées. En particulier, les unités spécialisées dans le Search and Rescue  non combattantes  (hormis CSAR –Combat Search And Rescue) et les unités non-combattantes de plongeurs militaires ou personnels qualifiés dans la plongée (réparation de navires, nettoyage des obstacles à la circulation des navires à l’entrée des ports hors explosifs, médecins…).

Plus particulièrement, nous nous intéresserons aux unités de forces spéciales  déployées depuis la mer et qualifiées en tant que plongeurs de combat.

Déployer des forces spéciales depuis la mer

Un SDV est souvent nécessaire pour amener un groupe de commandos à son objectif, mais les quelques heures de batterie de ces véhicules électriques obligent de disposer d’un vecteur pour le transport et la récupération des plongeurs.

Le sous-marin est le vecteur de déploiement par excellence pour les opérations spéciales.

De « simples » sous-marins nucléaires d’attaque (SSN) peuvent embarquer un nombre variable de plongeurs de combat. C’est le cas des Virginia américains ou, par exemple, des futurs Barracuda français.

Des SSN peuvent aussi être spécifiquement modifiés ou recevoir des aménagements spécialisés pour pouvoir transporter et déployer des forces spéciales et leurs SDV ; par exemple, l’USS Jimmy Carter est un Seawolf spécifiquement modifié (notamment) à cet effet.

Les SSBN (sous-marins lanceurs d’engin) et SSGN peuvent souvent servir de plateformes à ce type d’opérations ; c’est le cas des Ohio américains, par exemple.

Enfin, des submersibles peuvent être spécifiquement conçus pour les opérations spéciales ; c’est le cas des Song-O nord-coréens, qui sont des sous-marins de poche à propulsion Diesel/électrique et inadaptés aux déploiements océaniques.

Le Jimmy Carter à la mer. Sa longueur le distingue des autres Seawolf. (http://www.hisutton.com/SSN-23.html)

Le déploiement de puis des navires de surface est également possible.

Encore une fois, des navires de surface non spécialisés peuvent embarquer un nombre réduit de plongeurs de combat pour des opérations spéciales : frégates, destroyers…

Certains navires sont spécialement pensés avec ce rôle en tête –comme le Bâtiment de Soutien à la Plongée, BSP Alizé, ou bien de façon modulaire –c’est le cas des LCS américains.

En amont d’un assaut amphibie, ces unités peuvent être déployées depuis un LHD (Landing Helicopter Deck), LPD (Amphibious Transport Dock).

Enfin, il ne faut pas oublier l’aéronavale –déploiement à partir d’hélicoptères de marine– SH-90,KA-27, UH-1Z…

D’autant que l’aspect interarmées des opérations spéciales assure l’accès à des hélicoptères issus d’ailleurs –par exemple, le Commandement des Opérations Spéciales peut faire appel aux 4èmes RHFS (Régiment d’Hélicoptère des Forces Spéciales) pour amener des commandos marines sur leur lieu de plongée.

Les plongeurs de combat aptes aux opérations spéciales à travers le monde

L’USSOCOM (Commandement des opérations spéciales des Etats-Unis) peut compter sur plusieurs unités qualifiées à ce type d’opérations. Les Navy SEALS sont, par excellence, les plongeurs de combat d’élite des Etats-Unis, bien que leur rôle soit bien plus vaste, de même que leurs méthodes d’insertion. Les hommes des forces spéciales des marines (MARSOC) sont également habilités en tant que plongeurs de combat, de même que Green Berets, la Delta Force et les Rangers de l’US Army.

En France, le 1er RPIMA, et, logiquement, les Commandos Marine (et notamment le commando Hubert) fournissent les plongeurs de combat aptes aux opérations spéciales.

Les SAS britanniques ou le SBS (Special Boat Service),

Au sein du commandement des forces spéciales danois existe un corps explicitement nommé « corps des hommes-grenouilles » –Frømandskorpse– qui s’est notamment illustré en Afghanistan.

Les Spetsnazdu G.U (ex-GRU) disposent également de ces capacités –bien que d’autres unités de spetsnaz au service d’autres branches des forces armées soient capables de ce type d’opérations– mais la Fédération de Russie communique peu d’informations concernant ses plongeurs de combat.

 

Le futur des opérations spéciales depuis la mer

Les opérations spéciales depuis la mer ne sont près de disparaître ; discrètes, efficaces , elles bénéficient également de l’attention des industriels. Le dernier salon Euronaval a été l’occasion de le constater ; plusieurs constructeurs ont dévoilé des projets plus ou moins aboutis de SDV, d’équipements spécialisés, voire de sous-marins spécialisés dans le déploiement de forces spéciales.

L’ambitieux SMX-31 de Naval Group- qui tient plus du concept ship que d’un véritable projet- pourrait ainsi remplacer sa nacelle externe d’emport d’armement par un compartiment destiné au déploiement de plongeurs de combat (environ une quinzaine).

Il n’est pas impossible qu’à l’avenir, d’autres grandes puissances comme la Chine dévoile ne serait-ce qu’un peu plus sur leurs propres capacités en la matière.



Sources :

http://www.hisutton.com/Mignatta.html

https://www.navy.com/careers/navy-diver

http://le.cos.free.fr/nageurs.htm

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