Les guerres de Tchétchénie

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Pendant des siècles les Tchétchènes se sont opposés violemment à « l’occupation étrangère » tsariste, soviétique, puis russe. L’identité tchétchène s’est ainsi progressivement construite sur la notion de résistance, en témoigne leur hymne national : « Aucune horde au monde ne nous mettra à genoux ». Ces éternels insoumis ont ainsi résisté à la collectivisation forcée des terres imposée par l’URSS dans les années 1940 et ont alors été déportés par milliers à l’époque stalinienne.

  • Première guerre de Tchétchénie

C’est dans cet esprit de résistance, qu’un mois après la chute de l’URSS en 1991, la Tchétchénie (voir carte ci-dessous) se proclame indépendante. Son président, Djokhar Doudaev, refuse ensuite de signer le traité constitutif de la fédération de Russie en 1992. Peuplé d’environ un million d’habitants, ce territoire grand comme quatre départements français a pourtant une position stratégique pour la Russie en ce qu’il permet notamment l’exportation du pétrole du Caucase vers l’Asie et l’Europe. Le Kremlin instaure alors un blocus aérien et économique envers la petite république du Caucase. Mais ces tentatives de reprises de contrôle par la Russie échouent et, en 1994, le président russe Boris Eltsine organise une attaque surprise en Tchétchénie.

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Toutefois, l’intervention militaire russe, qui devait être rapide, se transforme très vite en une guerre entre Russes et Tchétchènes. Des critiques commencent à affluer de toutes parts, y compris au sein de l’armée russe. Le conflit s’enlise et, en janvier 1995, les Russes tentent une première fois de s’emparer de Grozny, la capitale tchétchène, mais échouent. En une nuit, trois cent de leurs chars sont détruits et un millier de soldats russes sont tués. Cet évènement marque une des plus grandes défaites de l’histoire de l’armée russe. La prise de Grozny a finalement lieu un mois plus tard, après plusieurs bombardements russes.

En juin 1995, les rebelles tchétchènes prennent en otage 1 500 personnes dans un hôpital de Boudionnovsk. A la suite de la décision de l’armée russe de donner l’assaut, 150 de ces otages sont tués. Un cessez-le feu est signé en août 1995 et, à cette époque, la Russie n’est plus en mesure de gagner cette guerre.  

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Hélicoptère russe abattu par les Tchétchènes à Grozny en 1994

Face aux lourdes pertes dans ce conflit, la Russie accepte de signer un accord avec la Tchétchénie le 31 août 1996. Par cette signature, les négociations sur l’indépendance de la Tchétchénie sont reportées jusqu’à l’année 2001 mais la région obtient une indépendance gouvernementale.

Malgré cet accord, les pertes sont lourdes des deux côtés. Les grandes villes tchétchènes sont détruites et la population décimée. Côté russe, le sentiment d’humiliation est immense : la petite Tchétchénie a eu raison de la grande armée russe.

  • Seconde guerre de Tchétchénie

En plus des gros problèmes économiques et des pertes considérables, les dirigeants Tchétchènes se retrouvent vite face à un nouveau problème : la volonté de plusieurs chefs de guerre de faire de la Tchétchénie un premier pas vers la création d’un Caucase islamique. Il s’agirait d’un islam radical, très éloigné du soufisme tchétchène, plus modéré et spirituel. Les plus radicaux d’entre eux commettent des attentats envers les populations russes du Caucase.

A la même époque, la Russie est touchée par des attentats en août et septembre 1999 qui provoquent 293 morts. Bien que ces attentats n’aient pas été revendiqués, ils sont immédiatement interprétés comme étant l’œuvre des Tchétchènes par le pouvoir russe. Le 5 septembre, la Russie prétexte alors une opération anti-terroriste pour bombarder Grozny puis envoyer ses troupes en Tchétchénie.

Des prises d’otages sans précédents et des attentats suicides se poursuivent en Russie. Le président Vladimir Poutine considère la Tchétchénie comme une base arrière du terrorisme international, à laquelle il s’oppose formellement, allant jusqu’à déclarer que la Russie « buterait les terroristes (tchétchènes) jusque dans les chiottes. » Il en profite pour mettre en place de nouvelles réformes, dont une qui exige que les dirigeants des régions russes soient nommés par le Kremlin et non plus élus. Ainsi, alors que les affrontements continuent entre les deux camps, Vladimir Poutine nomme Ramzan Kadyrov à la tête de la Tchétchénie en 2007. Ce dernier a combattu les indépendantistes tchétchènes et est un fervent pro-russe.

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Vladimir Poutine et Ramzan Kadyrov à Grozny en 2017

Si la Seconde guerre de Tchétchénie est considérée comme terminée depuis 2001 par le Kremlin, plusieurs historiens s’accordent pour dire qu’elle a pris fin en 2009 avec la fin de l’opération antiterroriste en Tchétchénie. Cependant, des affrontements persistent et la région reste formellement déconseillée par le site du Quai d’Orsay (https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays/russie/)

La Seconde guerre de Tchétchénie est racontée dans le film The Search de Michel Hazanavicius sorti en 2014. En dix ans de conflits 200 000 personnes ont perdu la vie, dont 40 000 enfants.

Marie HAUPAS

Sources :

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/chronologie-de-la-tchetchenie-1991-2010_499137.html

http://www.huffingtonpost.fr/didier-chaudet/guerre-liberation-tchetchene-rebellion-djihadiste_b_4700113.html

http://www.lemonde.fr/europe/article/2007/11/29/vladimir-poutine-et-la-tchetchenie-une-guerre-sans-fin_982036_3214.html

https://youtu.be/a8K4A9P7JNQ

https://savoirs.rfi.fr/fr/comprendre-enrichir/geopolitique/la-deuxieme-guerre-en-tchetchenie

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/deuxieme-guerre-tchetchenie/conflit-interminable.shtml

 

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