Déploiement des doubles équipages à bord des frégates multimissions :  un signe de renouveau pour la Marine nationale ?

Déploiement des doubles équipages à bord des frégates multimissions : un signe de renouveau pour la Marine nationale ?

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Présenté devant le Sénat par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, le projet de loi de finances pour 2020 porte l’accent sur l’attractivité des forces armées et les possibilités de recrutement pour les années à venir, dans un effort de soutien à la politique de défense. L’une des mesures présentées, qui fait l’objet d’un déploiement récent sur les frégates multimissions de la Marine nationale (FREMM), est le double équipage, sur lequel nous souhaitons revenir dans cet article.

Si la frégate Aquitaine a été la première à être dotée d’un double équipage, les huit frégates multimissions de la Marine nationale ont vocation à être équipées progressivement de cette mesure à l’horizon 2022, visant un double objectif de prise en compte croissante de la vie familiale des marins mais également d’efficacité opérationnelle en mer.

Ces objectifs sont inscrits dans la loi de programmation militaire (2019-2025) et portés par le plan Mercator annoncé par l’amiral Christophe Prazuck, ancien chef d’état-major de la Marine, ayant vocation à transformer progressivement la Marine nationale afin de renforcer la présence stratégique de ses forces armées.

Dans un contexte de forte concurrence par le secteur privé et d’une difficile acceptation des contraintes imposées aux marins, la Marine nationale fait face à une hausse du nombre des départs : chaque année, celle-ci doit renouveler 10 % de ses effectifs, faisant passer à 3 500 le nombre de recrutements à réaliser en 2020. En seulement quatre ans, cela représente une hausse de 70 % des recrutements à réaliser, faisant de l’emploi un des défis auxquels doit faire face la Marine.


À terre, une amélioration de la vie des personnels navigants

Afin de pallier cette potentielle baisse des effectifs, la Marine nationale innove et cherche à améliorer les conditions de vie des personnels navigants afin d’assurer une meilleure fidélisation. Une de ces innovations sont les doubles équipages, faisant suite à la mise en service de nouveaux vaisseaux, dont les frégates multimissions. Du fait de l’automatisation de certaines tâches et de l’informatisation, les frégates sont amenées à accueillir un équipage plus restreint, nécessitant une réorganisation des équipages traditionnels. 

Il est à noter que ces doubles équipages sont déjà à l’œuvre au sein des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, mais également sur des bâtiments de taille inférieure aux FREMM, comme les bâtiments de soutien et d’assistance métropolitains (BSAM), les bâtiments de soutien et d’assistance outre-mer.

Tandis que l’équipage « en charge » est embarqué et est responsable de la conduite de l’unité, l’équipage « non en charge », non soumis aux régimes d’alertes, partage son temps entre formations, permissions, entraînements individuels et collectifs. À la différence des équipages uniques, pour lesquels les périodes en mer pouvaient être prolongées sans préavis, les périodes d’embarquement des doubles équipages sont connues à l’avance et permettent donc une meilleure organisation pour les marins, pour leur engagement et leur vie privée. 

« Quand on avait une idée de ce qu’on allait faire dans les quatre mois devant nous on était heureux ! Si vous vouliez planifier un mariage, un voyage, la naissance d’un enfant, vous ne pouviez faire que des paris. Demain, grâce au double équipage on va permettre à un marin embarqué sur FREMM de planifier sa vie personnelle tout en continuant à s’épanouir dans sa carrière embarquée. L’idée est d’abord de rendre possible ce à quoi nos équipages aspirent : ils aiment embarquer, ils aiment partir en mission, et donc il faut continuer à créer les meilleures conditions pour que cet épanouissement professionnel soit parfaitement compatible avec une réussite personnelle à laquelle tout le monde aspire légitimement ». (vice-amiral d’escadre Jean-Philippe Rolland)


En mer, une montée en puissance de l’activité opérationnelle

Au-delà de la planification pour les marins, cette mesure présente aussi un avantage non négligeable pour la Marine nationale, en ce qui concerne l’augmentation de l’activité opérationnelle. 

Via un rythme de roulement de quatre mois, le double équipage permet un doublement des jours à la mer, portant à 220 jours par ans les missions des frégates multimissions. Les doubles équipages permettent d’augmenter également le temps de formation des marins, tout en réduisant les contraintes liées à la vie embarquée.

Le système du double équipage permet au bâtiment d’être déployé sur une longue durée, sans interruption. C’est un système rendu possible sur les FREMM car elles sont conçues pour un tel taux d’engagement. Loin du port-base, le double équipage permet de faire l’économie d’un aller-retour sur la zone de mission puisque la relève se fait, à l’étranger, sur le bâtiment. Afin d’assurer la continuité de l’activité opérationnelle, les deux équipages se rencontrent à bord pendant trois jours, afin que chaque marin transmette une suite à son vis-à-vis. 

Cette innovation sur les frégates multimissions est révélatrice d’une volonté de transformation de la Marine nationale et plus largement des armées française, réaffirmée par l’amiral Vandier (chef d’état-major de la Marine), ainsi que par le général Burkhard (chef d’état-major de l’armée de Terre) et le général Lecointre (chef d’état-major des Armées). À terme, l’objectif est de permettre une montée en puissance des armées françaises, nécessaire face aux menaces actuelles et aux conflits de haute intensité.


Une transformation progressive de la Marine, voulue par la loi de programmation militaire

« Je veux une France forte, maîtresse de son destin, protectrice de ses citoyens et de ses intérêts, capable d’assurer sa défense et sa sécurité, et, en même temps, capable de proposer des réponses globales aux crises qui nous touchent. Je veux une France qui aide et qui protège ceux qui sont les victimes de l’obscurantisme ou du terrorisme, et dont la voix soit entendue par-delà nos frontières. Je veux une France fidèle à ses engagements au sein de l’Alliance atlantique, mais qui soit également le moteur de l’autonomie stratégique européenne. Pour cela, il nous faut un outil de défense complet, fort, moderne, puissant, mis en œuvre par des armées réactives et tournées vers l’avenir. » 


Prononcées par Emmanuel Macron en janvier 2018, lors du discours des voeux aux armées, ces paroles permettent de présenter les évolutions voulues par le président, également chef des armées. Cette transformation progressive de la Marine nationale s’inscrit dans la continuité de la loi de programmation militaire et du plan Mercator. 

En avril 2018, l’audition de l’amiral Christophe Prazuck par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, lui a permis de mettre en exergue les défis majeurs auxquels la Marine doit faire face.  Ces défis sont d’ordre technologique (faire face aux nouvelles menaces par le développement du big data, de l’intelligence artificielle), stratégique (renforcer l’autonomie de la France), et humains (fidéliser les forces armées, déploiement du « plan Famille »). 


Un nécessaire renouveau de la Marine nationale

Pour faire face aux défis posés par les nouvelles menaces et puissances, la Marine nationale doit poursuivre son renouveau. Cela passe à la fois par des investissements technologiques, mais également par une attention accrue portée aux personnels embarqués, afin de permettre à la fois la fidélisation des marins engagés et le recrutement facilité de nouvelles recrues. Après tout, un navire, même équipé des dernières technologies de pointe, n’est rien sans son (double) équipage … 


Sources et ressources






Louise Cuillé-Montaldier

Étudiante en première année de Master de Géopolitique (Panthéon-Sorbonne).

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